Insaniyat
Volume 13, Numéro 3, Pages 159-174
2009-09-30

Les Graffiti De La Ville D’alger : Carrefour De Langues, De Signes Et De Discours. Les Murs Parlent…

Auteurs : Ouaras Karim .

Résumé

Ce qui nous intéresse en premier lieu, dans cette recherche, c’est le brassage de langues, de cultures, de discours et d’identités exprimé à travers la pratique du graffiti dans la ville d’Alger. Nous voulons savoir comment est vécu ce brassage dans un milieu qui affiche à la fois, reprenant les termes de L.-J. Calvet, une tendance à l’unification, à la coexistence et au conflit linguistique, dont les graffiti sont l’expression symbolique qui s’ajoute aux autres pratiques langagières effectives. Dans cet article, nous insistons sur la teneur discursive des graffiti de la ville d’Alger, des graffiti qui « parlent » et qui « disent » des choses. Nous nous intéresserons à la mise en mots et à la mise en signes de la dynamique ethno sociolinguistique et urbaine d’Alger qui constitue le creuset du plurilinguisme algérien et tout ce qu’il véhicule comme spécificités identitaires, sociales, politiques, culturelles, régionales et autres. Comprendre les discours véhiculés à travers cette pratique aiderait énormément à penser la ville comme un système social en identifiant les catégories de populations qui y vivent. Il y a une interdépendance entre la ville et les rapports de force qui la régissent, visible concrètement, pour le cas d’Alger, au niveau de la Houma. C’est à partir de cette interdépendance entre la ville d’Alger et ses composantes sociales que la problématique urbaine est formulée dans cet article. Les murs de la ville sur lesquels se laisse voir un dynamisme pluridimensionnel, sont en quelque sorte, une tribune d’expression et une scène sur laquelle les graffiteurs se donnent en représentation. Ils s’approprient l’espace urbain, qui est fondamentalement public, pour mettre en valeur des discours sur leur vécu, en utilisant différentes langues (français, arabe algérien, tamazight, arabe littéraire, anglais et autres…) et un arsenal de représentations graphiques, suivant la structure horizontale de la ville (quartiers) et aussi sa structure verticale (strates sociales). Divers sont donc les questionnements que l’on peut se poser par rapport à ce phénomène langagier qui caractérise la ville d’Alger comme partout ailleurs. La dynamique ethno sociolinguistique de l’Algérie est représentée, de manière crue, à travers ces marquages, espace de « vi-lisibilité », qui se donnent à voir sur ces murs qui parlent. Que révèlent donc les graffiti algérois sur la société algérienne en général et sur les populations d’Alger en particulier? Comment s’articule le rapport entre Soi et l’Autre dans cette pratique langagière? Y a-t-il une corrélation entre les discours tenus à travers la pratique du graffiti et les langues choisies pour les exprimer? L’analyse ethno sociolinguistique, sémio sociolinguistique et discursive des graffiti dans le milieu algérois permettrait de comprendre, d’analyser et de visualiser un tant soit peu, la situation complexe de la ville d’Alger et des populations qui y résident. Ce qui pourrait amener à proposer une réflexion sur des politiques linguistiques, dignes de ce nom, qui prendraient en compte les degrés d’usage et de reconnaissance des langues en présence, in vivo, et prendraient en compte également la diversité de la société algérienne dans toutes ses dimensions.

Mots clés

Graffiti ; Alger ; plurilinguisme ; vécu ; ethnolinguisme ; teneur discursive.