Revue algérienne des lettres
Volume 3, Numéro 3, Pages 38-57

La Construction Identitaire Pour Soi Et Pour Les Autres (article Destine Au Numero Special 1 De La Revue)

Auteurs : Khelouz Nacer .

Résumé

La notion « d’altérité » dans toute sa complexité apparait particulièrement opérante en contexte colonial et postcolonial. J’en réfère notamment à Emmanuel Levinas qui, dans son ouvrage Altérité et transcendance (Levinas, 2006), nous assure que « la rencontre, c’est entre étrangers que cela se passe, sans cela ce serait de la parenté » (Levinas, 2006 : 108). Quoi de plus prometteur en effet que ce franchissement, ce forçage du « visage » de l’autre qui se pose et s’impose à nous comme le lieu de notre liberté du fait même qu’il est autre? Cette promesse de rencontre d’avec l’autre, quand elle a lieu, établit une relation duelle et unique de distanciation entre le je et le tu (en tant que déictiques se rapportant aux catégories du discours telles qu’elles ont été conçues par Emile Benveniste ou Saussure, ou même dans le sens rimbaldien du « Je est un autre »). Et c’est précisément cela qui fonde l’éthique selon Levinas et non point une relation d’un je à un ça qui elle, au contraire, préfigure le « il y a » sans vie et sans sens. Ainsi la question de l’ontologie n’est plus tant « qu’est-ce que l’être ? » mais « qu’est-ce que l’autre ? ». L’autre est donc, d’une certaine façon et en forçant peut-être un peu le trait, le fondement de l’ontologie. Cette étude se propose de revisiter la notion d’identité à travers l’Algérie aussi bien coloniale que postcoloniale et en l’élargissant à un courant politico-littéraire « l’algérianisme » que l’analyse du roman de Daniel Saint-Hamont « Et le sirocco emportera nos larmes... » Abstract : The notion of “otherness” in its full complexity seems particularly operative in colonial and postcolonial contexts. I refer especially to Emmanuel Levinas who, in his book “Alterity & transcendence” (2006), assured us that “an encounter takes place with strangers; otherwise it would be mere family ties.” What is indeed more promising than that crossing, or forcing the other’s countenance, which poses and imposes on us as the space of our freedom precisely because it is the representation of alterity? This promise of an encounter with the other, when it occurs, establishes a unique boundary of duality between the ‘I’ and ‘You’ as discursive categories (in the deictic sense of the discursive categories of Emile Benveniste or Saussure, or even in the sense of Rimbaud’s famous “Je est un autre”). This is precisely what lays the foundations of ethics, according to Levinas, and not so much the relation between I (as subject), and the id which, on the contrary, foreshadows the lifelessness and non-sense of “there is”. Thus, the question of ontology is not so much that of “What is being?” but “What is otherness?” Therefore, the other is somehow the cornerstone of ontology.

Mots clés

identité ; altérité ; nation ; colonialisme ; algérianisme