Insaniyat
Volume 10, Numéro 31, Pages 113-134

La Confrérie Noire De Baba Merzoug La Sainteté Présumée Et La Fête De L’équilibre

Auteurs : Khiat Salim .

Résumé

Schématiquement, les noirs descendants d’anciens esclaves soulignent qu’ils sont de Sidi B’llel ou ses « enfants ». De là, la charte de la fondation est attribuée à ce mythe qui recèle l’origine, et donc la « vraie » histoire. Le rite du sacrifice qui en est l’expression ne semble pas un attribut lié à Sidi B’llel. Il n’est pas non plus une propriété qui le vise directement. Les anciens esclaves d’Alger apparentent le taureau noir à Sidi Merzoug, l’esclave de Sidi Bû ‘Ali, le saint patron de la ville de Nafta, une des plus importantes cités du Jerid tunisien. Le présent travail a pour objectif d’analyser la production légendaire de cette catégorie d’hommes que l’hagiographie maghrébine présente de manière générale dans une posture de domestique « khedim » ou « ouaçif ». N’est – il pas étonnant qu’un nom comme celui de Sidi Merzoug et beaucoup d’autres saints esclaves noirs que nous découvrons aujourd’hui soient effacés de la pratique historiographique, au moment où ils étaient associés à ceux des parfaits, et des « aqtabs » du singulier « qoutb » comme Sidi Ahmed Tidjani, Sidi Moulay Abdallah es-Chérif de Ouazan, Sidi Cheikh, fondateur de cheikhiya, ou comme Sidi Bû’Ali En- Nafti diffuseur de la Sounna dans le Jerid tunisien ? Nous analyserons dans le jeu de l’oralité la production de l’Etre saint qui s’affiche comme une sainteté « présumée » un sharaf probable. Il s’agit de mettre en évidence les spécificités de la parole engagée qui préserve la perte des privilèges de l’origine et l’évanescence identitaire. La « Ziyara » ou la fête est prise, de ce fait, comme enjeu d’interaction réactivé à la cadence des rythmes et des danses extatiques.

Mots clés

Sud tunisien ; confrérie noire ; fête religieuse ; sainteté ; mythe ; rites d’allégeance ; lien filial.