Insaniyat
Volume 17, Numéro 59, Pages 45-62

Le Silence D’une Génération à Une Autre : Une étude Psycho-éducative Sur Les Immigrés Et Leurs Enfants En France

Auteurs : Maaroufi Salem .

Résumé

Quelles que soient les caractéristiques qui distinguent l’immigration des années soixante de celle du XXIe siècle, on observe une souffrance intériorisée, marquée par le silence qui se reproduit à travers toutes les générations de l’immigration. Mon silence renvoie au principe de coupure chez Roger Bastide, c’est une forme de mécanisme de défense pour s’adapter aux nouvelles normes de la société. Contrairement au repli sur soi, parfois générateur de violence, le sujet adopte un silence planifié. C’est le cas des deux générations, à savoir la génération Père (la génération des années soixante) et la génération fils (la génération actuelle). Face aux difficultés d’apprendre, d’une part à vivre sans le secours de ses repères sociaux, linguistiques ou symboliques habituels, et d’autre part à l’impossibilité de concilier les valeurs et les normes de l’ailleurs et de l’ici, le silence est apparu chez le Père comme un refuge et une façon de défendre voire même de résister (un silence spontané). Quant à la génération Fils, le seul moyen d’échapper à une menace réelle ou symbolique de la société serait donc de vivre dans le silence, un silence qui lui permettrait de ne pas s’impliquer trop fortement dans les situations qu’il doit affronter. C’est un silence parlant ou expressif, distant et neutre (un silence planifié). Mais on peut y deviner les germes d’une souffrance profonde qui ne serait pas directement exprimée mais dont l’existence serait perceptible à travers certains détails de comportement.

Mots clés

silence-souffrance; génération Père; génération Fils; immigration; Algérie; France